Carte d’identité

Nom : Pierre Pelot
Âge : ça change tous les jours
Anniversaire : 13 novembre
Scolarité : école primaire
diploum: certif
Couleur préférée : glauque
Livre préféré : Les saisons de la solitude
Film préféré : beaucoup
Plat préféré :  pommes de terre au lard


une chanson:


Le meilleur endroit pour s’enfuir

 
 

Je suis né dans cette vallée étroitement serrée par des hauteurs rondes et fatiguées.

Ces sommets et vallées ne sont pas, n’ont jamais été, d’élevages, ni de cultures, mais furent longtemps destinés, à défaut de mieux, aux moyens fermages, petits artisanats, avant que des tissages s’y installent. Aujourd’hui, on compte changer les montagnes des Vosges en endroits de visites. Pas même une station d’hiver : la neige n’honore plus fatalement ses rendez-vous.

Ici, donc, la Moselle est à son jeune âge, rivière fragile qui se glisse entre les bosses et les collines, musarde, sans hâte, loin des hommes et des femmes qui nous gouvernent et disent parler en notre nom, la lèvre salivante et ronde, la dent pointue, avec dans la bouche les rengaines menteuses qui font que le profit de certains se déguise aux oripeaux d’un intérêt prétendu général.

Les fiertés au rabais sont devenues celles qu’érigent le béton et les charpentes métalliques. Les images de mémoire seront bientôt seules survivantes. Les zones industrielles et les supermarchés, les routes et voies de communication tranchantes sont désormais arguments électoraux de députés ventrus et sénateurs fats, objets de leurs basses fiertés rampantes, chef d’œuvres attestant de leurs incapacités à tenir entre leurs mains, au nom de tous, disent-ils, le sort de « ma vallée » qu’ils défigurent sans vergogne.

Le cul sur mon talus, je me souviens d’un temps pas si lointain où cette vallée, protégée par les montagnes assises comme de grand chiens tranquilles, était belle. La place du village était en grande part ombragée d’arbres plus que centenaires encadrant de leur vénérable sagesse le monument aux morts. On a coupé les arbres vieux, sous prétexte qu’ils n’étaient pas beaux, tordus, pas nets, pas droits.

Et aujourd’hui le toit dentelés des tissages est posé sur des bâtiments vides, pour la plupart.


Ce pays est celui des histoires avec lesquelles se construisent les vies des êtres humains. Je suis là pour en dire.

Les histoires, cela signifie des êtres humains traversant l’existence tant bien que mal. Voilà qui m’intéresse. Je suis allé les chercher dans leurs terriers, les histoires, à la braconne et sans permis, à ma manière, personne ne m’a appris. Seule se pratique la manière qui vous convient, c’est ainsi qu’on apprend à les attraper.

Un soir d’hiver, « on » m’a demandé de donner un nom d’auteur à imprimer sur la couverture de ce qui serait donc le premier livre. Etre écrivain, c’est se malhabituer de soi afin de savoir mieux s’admettre, et ce qu’on donne à l’écrit. C’est se creuser jour après jour, se perdre à force de vouloir se représenter de la seule manière qu’on sache faire sans trop embêter les autres. A la fois dedans et dehors, avec et sans.

C’est être un hors-la-loi qu’on ne traque pas, pour la capture de qui nulle récompense n’est accordée, nul avis de recherche placardé sur les murs. Caché parmi les gens d’ici qui n’en finissent pas de s’enfuir pour survivre eux aussi, ici ou ailleurs.